Femmes damnées (suite et fin)



On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître !"
Mais l'enfant, épanchant un immense douleur,
Cria soudain :-"Je sens s'élargir dans mon être
Un abîme béant ; cet abîme est mon coeur,

 

Brûlant comme un volcan, profond comme le vide ;
Rien ne rassasiera ce monstre gémissant,
et ne rafraîchira la soif de l'Euménide,
Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang.

Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
Et que la lassitude amène le repos !
Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde,
Et trouver sur ton seil la fraîcheur des tombeaux."

Descendez, descendez, lamentables victimes, 
Descendez le chemin de l'enfer éternel; 
Plongez au plus profond du gouffre où tous les crimes, 
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,

Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage ;
Ombres folles, courez au but de vos désirs ;
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.  






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Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes ;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filent en s'enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.

L'âpre stérélité de votre jouissance
Altère votre soif et raidit votre peau,
Et le vent furibond de la concupiscence
Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.

Loin des peuples vivants, errantes, condamnées,
A travers les déserts courez comme les loups ;
Faites votre destin, âmes désordonnées,
Et fuyez l'infini que vous portez en vous !
Charles Baudelaire