Le baiser de l'Amant chinois
  La mer, sans forme, simplement incomparable.
Il dit qu'il est seul, atrocement
seul avec cet amour qu'il a pour elle.
Elle lui dit qu'elle aussi elle est
seule. Elle ne dit pas avec quoi.
...
Elle lui dit...ce qu'elle veut
c'est qu'il fasse comme d'habitude
il fait avec les femmes qu'il emmène
dans sa garçonnière. Elle
Elle le supplie de faire de cette façon-là
...

il a arraché le petit slip de coton
blanc et il la porte ainsi nue
jusqu'au lit. Et alors, il se tourne
de l'autre côté du lit et il pleure.
Et elle, lente, patiente, elle le
ramène vers elle et elle commence
à le déshabiller. Les yeux fermés,
elle le fait.

Lentement. Il veut faire
des gestes pour l'aider. Elle
lui demande de ne pas bouger.
Laisse-moi. Elle dit
qu'elle veut le faire elle.
Elle le fait. Elle le
deshabille. Quand elle le lui
demande il déplace son corps
dans le lit, mais à peine,
avec légèreté, comme pour
ne pas la réveiller.

La peau est d'une somptueuse douceur
Le corps. Le corps est maigre, sans force,
sans muscles, il pourrait avoir été malade,
être en convalescence, il est imberbe, sans
virilité autre que celle du sexe, il est
très faible, il paraît être à la merci
d'une insulte, souffrant. Elle ne le
regarde pas au visage.Elle ne le regarde pas.
Elle le touche.
Elle touche la douceur du sexe, de la peau,
elle caresse la couleur dorée, l'inconnue
nouveauté. Il gémit, il pleure. Il est
dans un amour abominable...
Il embrasse mon corps...
Je m'aperçois que je le désire.


Marguerite Duras
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