Le Dialogue Nocturne

Toute la nuit d'étoiles est sur un promontoire. Viens ! Nous aurons
assez d'étoiles pour nous deux. Serre bien, sur ton cou, ton voile
au vent du soir. Vois comme sous nos pas les ajoncs sont frileux.
 Viens, là, ; penche-toi. Penche
ton doux visage. Il faut qu'il soit
toujours innocent et curieux. Serre bien,
sur ton cou, ton voile et sois très sage :
toute la mer, ainsi, je la vois dans tes yeux.
   Le vol des goélands, déjà, se fait
plus humble. Suis les étoiles,
vite! ! et laisse les oiseaux. Laisse
l'eau de tes yeux réfléchir le ciel
simple. Ton regard est si pur
et ton front est si beau

-Je ne vois plus la mer, quand tu m'as embrassée.
-La mer est dans tes yeux, mes lèvres sont mouillées.
Amie, ô penche-toi, laisse ton doux visage, innocemment ainsi,
me cacher ce nuage.
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Paul Fort

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