A la recherche du temps perdu. Marcel Proust

Du côté de Chez Swann

Ma seule consolation, quand 
je montais me coucher,
était que maman viendrait 
m'embrasser quand je serais
dans mon lit. Mais ce bonsoir 
durait si peu de temps, 
elle redescendait si vite, 
que le moment où je l'entendais
monter, puis où passait dans 
le couloir à double porte 
le bruit léger de sa robe
de jardin en mousseline bleue,
à laquelle pendaient de petits
cordons de paille tressée, était 
pour moi un moment douloureux.
Il annonçait celui qui allait 
suivre, où elle m'aurait

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quitté, où elle serait redescendue. De sorte que ce 
bonsoir que j'aimais tant, j'en arrivais à souhaiter
qu'il vînt le plus tard possible, à ce que se prolongeât
le temps de répit où maman n'était pas encore venue...